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WEB: LE RETOUR DE LA CENSURE ? Tunisie: "Rendez-moi mon porno!"

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La perspective du blocage en Tunisie de l'accès aux sites pornographiques, sur décision de justice, a provoqué une levée de boucliers sur la Toile, où nombre d'internautes tunisiens dénoncent un retour de la censure pratiquée sous le régime Ben Ali.
Un tribunal a ordonné jeudi à l'Agence Tunisienne d'Internet (ATI) d'interdire l'accès à tous les sites X, à la suite d'une plainte déposée par trois avocats, pour lesquels ces pages présentent un danger pour la jeunesse et sont "contraires aux valeurs arabo-musulmanes".
Depuis la levée de l'une des censures du net les plus sévères au monde, avec la chute en janvier du président Zine El Abidine Ben Ali, les Tunisiens peuvent librement surfer sur le web, sites X inclus. Sept d'entre eux figurent désormais parmi les 100 sites les plus visités en Tunisie.
La décision de justice a fait l'effet d'une bombe sur le Net, provoquant un vif débat entre ses partisans et détracteurs.

Pas question de subir le "retour d'ammar404"


"Rendez-moi mon porno!", s'insurge Adam Jerbi sur la plate-forme de blogs Nawaat. "Je me demande de quel droit l'Etat peut décider pour moi, qui suis majeur et vacciné, des sites internet que je ne devrais pas consulter".
"J'appelle mes concitoyens à la plus grande vigilance. Ceci est tout bonnement le retour en force de la censure. Ma liberté d'expression est en jeu", écrit-il.
"La question n'est pas porno ou pas! Mais plutôt censure ou pas", renchérit @bulletskan sur Twitter.
Pour une pléthore d'internautes, jaloux des libertés individuelles héritées de la révolution tunisienne, pas question de subir le "retour d'ammar404", pseudonyme sous lequel les Tunisiens désignaient l'ex-censure sous Ben Ali. "Nous avons vaincu l'une des plus sales dictatures du monde et même pas le temps de savourer notre bonheur d'être libres", déplore «Edicte». "Ça commence par le net, après ça sera les boîtes de nuit, la plage, les sorties entre filles et garçons". Certains en sont persuadés: cette décision porte l'empreinte des islamistes tunisiens, dont le mouvement Ennahda («Renaissance») est crédité du meilleur score aux prochaines élections. "Les barbus se frottent les mains", commente «Pénélope» sur businessnews.com.tn.
«Arthur», lui, dénonce "l'apparition d'un ordre moral dont tout le monde sait parfaitement quels partis l'inspirent", et craint de «se retrouver dans quelques années avec un +Ministère du Vice et de la Vertu+ comme dans l'Afghanistan des talibans".

"Ce genre de cochonneries n'a pas à être ouvert dans un pays comme le nôtre"

Mais l'interdiction des sites pornographiques recueille aussi des suffrages. "N'oubliez pas que nous sommes arabo-musulmans, on a des traditions, on a de la pudeur, ce genre de cochonneries n'a pas à être ouvert dans un pays comme le nôtre, on est pas en Occident", lance slim2212. "Excellente initiative, Il y va de la sécurité de nos enfants", souligne un autre internaute.
Un argument balayé par les défenseurs d'une liberté d'expression totale: "Tout le monde sait que l'agence tunisienne fournit gratuitement les logiciels de contrôle parental", assure l'un d'eux.
L'interdiction des sites X, si elle entrait en vigueur, constituerait le deuxième cas de censure sur internet dans la Tunisie post-Ben Ali. Début mai, quelques profils Facebook ont été bloqués sur ordre d'un tribunal militaire, pour des motifs encore obscurs.
Cyberdissident emprisonné sous le régime Ben Ali, le blogueur Slim Amamou, nommé mi-janvier secrétaire d'Etat à la Jeunesse dans le gouvernement transitoire, a démissionné lundi, en critiquant notamment cette première affaire de censure.
Samedi matin, le porno était toujours accessible sur le web tunisien.

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par Agence France Presse le 28/05/2011 à 16:07

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