Lundi au conseil municipal Alpexpo: "Comment avons-nous pu en arriver là?"

C'est à cette question (entre autres) que devait répondre la Mission d'information d'évaluation et de prospective. Dont le rapport, accablant, a été débattu lundi soir au conseil municipal de Grenoble.

Jérôme Safar (photo Christophe Agostinis)

Jérôme Safar (photo Christophe Agostinis)

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Des mois que les élus tournaient autour de ce débat. Et même pas, ou alors à peine, quelques mots du bout des lèvres, un petit off, glissé du fond des coulisses... 
Pourtant, bon sang, il y avait largement de quoi "fuiter": une représentation pluraliste, huit mois de travaux, dix séances, des auditions, un rapport, 468 pages, pour douze préconisations (nous y reviendrons plus bas). Et puis le sujet, quand même! Alpexpo: 2,4 millions d'euros de déficit net comptable. Pourquoi? Comment? Et pourquoi et comment le trou est-il passé fin 2011, en quelques semaines, de 480 000 euros à 2,4 millions?

Vendredi, à la Métro, le sujet est enfin arrivé sur la table. Nous y étions. Mais le premier vice-président Jérôme Safar avait refilé la patate chaude au premier adjoint grenoblois... Jérôme Safar, parce que c'est devant les élus grenoblois qu'était présenté le rapport de la fameuse MIEP (Mission d'information d'évaluation et de prospective). Un rapport qu'on qualifiera d'accablant. Parce que c'est le mot.

Le double objectif de cette MIE, rappelle son président Jérôme Safar (décidément), "c'était de comprendre comment nous avions pu en arriver là fin 2011, à ce déficit, et de réfléchir à des pistes structurelles de redressement". Précision: "Nous avons souhaité auditionner, lors de nos travaux, l'ancien directeur général, mandataire social, Guy Chanal. Mais il n'a pas souhaité être auditionné. Nous avions pourtant pris des précautions assez luxueuses, lui faisant passer les grandes lignes de nos questions, histoire de montrer que ce n'était ni un guet-apens ni un tribunal populaire", dit Safar. Plus tard: "Il ne s'agit pas, ici, de régler des comptes". Et encore: "Guy Chanal a fait une erreur en ne venant pas".

Le vertige des mots employés
 
Mais entrons dans le vif du sujet, et en vrac, dans le vertige de la succession de mots lus par le premier adjoint: "Situation impensable et même inadmissible", "pas assez de garde-fous", "absence de partenariat avec les acteurs locaux", "réorganisation empêchant tout redressement" parce que "versement d'indemnités qui ont plombé Alpexpo", "insuffisances", "choix inadaptés", "dysfonctionnements",  "désorganisation", "gestion à l'aveuglette", "absence de réunion de la commission d'appel d'offres", "défaillances", "climat de suspicion", "dérapage des comptes" et on en passe, jusqu'à "catastrophe industrielle". 
Eau chaude, puis eau froide: "S'il devait y avoir action en justice, il faudrait que ce soit sur la base de faits avérés et solides" or "la MIE n'a pas permis de le démontrer".  

Douze préconisations

Jérôme Safar a ensuite énuméré douze préconisations. Que voici :
- Maintien de l'équipement sur le site actuel
- Mise en place d'une commission pluraliste pour continuer à travailler sur les réflexions de la MIE
- Partage par les différents actionnaires du plan de recapitalisation "avec plan de redressement et de développement à cinq ans"
- Définition du positionnement concurrentiel d'Alpexpo: travail sur les atouts que sont le monde scientifique et la proximité de la montagne
- Poursuite de la politique commerciale actuelle en cherchant à accueillir une dizaine de salons. Objectif 2015: 11,9 millions de chiffre d'affaires
- Renforcement de la synergie entre les acteurs locaux
- Ouvrir la discussion sur l'hypothèse d'un transfert de la Ville vers la Métro (souvenez-vous ce qu'avait dit Marc Baïetto, NDLR)
- Ouvrir la discussion avec le conseil général de l'Isère au travers d'une prise de capital et/ou d'une participation financière. Avec la Région aussi
- Affirmer le caractère de service public d'Alpexpo
- Réfléchir à un équilibre financier
- Renforcer le contrôle exercé par la Ville
- Faire évoluer le fonctionnement et la gouvernance de la SEM Alpexpo



"Nous éprouvons un malaise" (Hakim Sabri, EELV)

"Présentation forcément trop synthétique", a conclu Safar. "Mais le débat permettra de rentrer dans le détail". En rappelant quelques chapitres de l'histoire. En dévoilant, également, quelques épisodes étonnants. Place au débat, donc. Un coup à gauche (EELV), un coup à droite (UMP). Mais de larges convergences, cette fois-ci.
"Nous éprouvons un malaise", explique l'écologiste Hakim Sabri, car "les réponses n'ont pas vraiment été apportées". Sabri poursuit. Tour à tour "gêné", ou "surpris", voire "étonné". "Choqué"? Aussi. Il dit: "Remettre les compteurs à zéro ne suffira pas, il faudra ajouter 1,5 million d'euros pour permettre la poursuite de l'activité soit un total de 4M€ d'argent public (...) La direction générale a perçu 40 000 euros d'indemnités transactionnelles, autant dire une broutille, et tout cela avec l'approbation des membres du conseil d'administration". 
"Interpellé", Sabri l'est également, par "certaines prestations", par "des dépenses qui passent de 50 000 € à 350 000 €", "des prestations de conseil qui passent de 18 000 à 100 000 €", par "le choix de certains fournisseurs sans mise en concurrence", "l'absence de bons de commande"... "La liste est longue", déplore-t-il.
Bref, "une immense gabegie" et "nous vous (Michel Destot, NDLR) demandons de saisir la Chambre régionale des comptes pour qu'elle effectue un contrôle sur les deux satellites de la Ville que sont Alpexpo et le Palais des sports... gage de transparence et de volonté d'aller au bout des choses".

"Vous ne pouvez pas vous exonérer de vos responsabilités" (Chamussy)

"J'ai moi aussi déposé un amendement pour que la Ville saisisse la Chambre régionale des comptes, c'est une question de principe, nous devons montrer que nous n'avons rien à cacher", poursuit l'UMP Matthieu Chamussy. Puis, dévoilant des éléments qui n'étaient pas sortis du secret des auditions de la MIE, Chamussy évoque "les pressions et déstabilisations que Jérôme Safar dit avoir subies... comme Catherine Calmels (la nouvelle directrice) et Alain Pilaud (le président d'Alpexpo). Qui a exercé ces pressions? C'est inacceptable!" On n'en saura pas plus. 
Puis, et c'est là le point hautement politique de l'intervention, "le rapport n'évoque pas les conditions de recrutement de l'ancien directeur général (...) M.Pilaud a indiqué que c'est Mme Fioraso qui avait eu l'idée de recruter M.Chanal, qui n'a pas été auditionné, rien... Et on parle là de celui dont les manquements sont pointés dans votre rapport ! C'est là, le fait générateur ! Cette manière de faire a pu donner l'impression à M.Chanal qu'il n'avait aucun compte à rendre à ce conseil d'administration qui ne l'avait pas choisi (...) Rappelons-nous aussi que l'ancien directeur général avait déjà démissionné en mars 2010 mais que le maire le confirmera dans ses fonctions un mois plus tard, sa rémunération étant même revue à la hausse! Michel Destot qui déclarera publiquement, en décembre de la même année que "Guy Chanal est irremplaçable"..."
Tout cela pour dire que "ce qui manque dans ce dossier, c'est la détermination de la responsabilité politique. Quels que soient les torts de l'ancien directeur, vous ne pouvez pas vous exonérer de vos responsabilités!" Le tout, dit dans un silence assez inédit dans ces murs...

Safar envoie le rapport à la Chambre régionale des comptes

Silence, aussi, pendant les réponses de Jérôme Safar: "J'ai, M.Chamussy, un désaccord fondamental avec vous. On ne peut pas faire du recrutement de l'ancien directeur général le générateur de cette catastrophe industrielle. Que le directeur général n'ait pas su, pas pu, pas voulu travaillé comme il aurait dû le faire et nous sommes nombreux à le regretter. A la fin de son mandat, il était peut-être déjà loin d'Alpexpo, en terme de contrôle, de suivi... (...) Mais ici, personne ne s'exonère de rien. Si nous avions voulu cacher des choses, nous n'aurions pas déclenché une MIE..."
Et la saisine de la Chambre régionale des comptes qui, vendredi dernier (à la Métro) ne semblait pas être une bonne idée parce que les délais sont très longs (*)? "Mais dans quel monde vivez-vous? Sans presse, sans internet? Comment pouvez-vous imaginer que la CRC ne se saisisse pas d'un dossier comme celui-là, qu'Alpexpo n'ait pas déclenché un dossier à la CRC. J'en mets mon billet ce soir". Et même deux billets puisque "j'enverrai le rapport et les annexes à la CRC dès demain". Ce mardi, donc. "Et si la Chambre décide d'aller plus loin, elle est dans son rôle et nous ne risquons rien, nous avons ouvert toutes les portes, tous les placards". Le mot "cadavres" a alors été murmuré sur les bancs du conseil municipal.


(*) Ce mercredi, le sénateur UMP Michel Savin a fait part de son "extrême surprise". "Vendredi dernier, en conseil de la Métro, je déposais un amendement qui demandait la saisine de la Chambre régionale des comptes. La majorité, dont font partie Michel Destot et Jérôme Safar, s'y était vivement opposée. Jérôme Safar avait d'ailleurs déclaré: "S'il devait y avoir la saisine de la CRC, il fallait le faire là, tout de suite. Il y a une hypocrisie dans cette position (...) En signe de défiance vis-à-vis d'Alpexpo, on ne ferait pas mieux". Je constate donc avec satisfaction que le week-end a dû porter conseil à Jérôme Safar et aux élus de la majorité de Grenoble (...) Il serait agréable que la gauche, à la Ville et à la Métro, accorde ses violons pour mettre fin à cette cacophonie. La situation est déjà assez grave"

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par Stéphane Echinard le 18/12/2012 à 17:41

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