POLITIQUE Sénatoriales / PS: "On est tous en train de jouer aux cons !"
Liste proposée par la fédé socialiste battue par la liste "dissidente", Soulage vs Chiron, les territoires, les motions. Et puis la validation du vote reportée à lundi. "Irrégularités", disent certains. "On va dégoûter les militants", disent d'autres. Et l'on reparle de Solférino et du PRG pour "mettre un terme à cette mascarade". Ou quand le PS isérois ressemble (un peu) à l'UMP-38...
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Chaque jour qui passe, le film des sénatoriales en Isère dévoile un nouvel épisode. Le casting ne bouge pas, y a que l'ordre des noms sur l'affiche qui change. Le titre, aussi: Après "Les jours heureux", "La vie en rose", on a eu "Soulage et la chance de sa vie" puis "La revanche de Chiron". Et maintenant? Si les mots sont durs "micro ouvert", ils sont terribles en "off". Les flingues sortent, le film sera bientôt interdit aux âmes sensibles. Et on hésite, entre "Panique dans les urnes", "Chéri j'ai oublié mon chéquier" et le classique "Petits meurtres entre amis". Vous trouvez qu'on exagère? En tout cas, "ça va laisser des traces", explique un socialiste. C'est dingue, on se croirait presque à l'UMP-38 !
Les militants votent pour "l'autre" liste
Où en est-on, justement? Jeudi soir, très tard, on a appris que les militants avaient désavoué la liste proposée par leur fédération. La fédé avait soumis Vallini, David, Soulage, Masson, Reynaud? Les militants diront Vallini, David, Chiron, Giraud et Cordier. Victoire assez nette, "pas à une ou deux voix"...
Si tout en était resté là, via le vote des grands électeurs en septembre, on aurait donc eu André Vallini et la communiste Annie David au Sénat en septembre. Et très probablement le Grenoblois Jacques Chiron. Et, avec un gros coup de bol (pour la gauche), la conseillère régionale Eliane Giraud. Mais tout n'en est pas resté là. Retour sur un "gros" vendredi avec une petite dizaine de "témoins" au bout du fil.
"Des choses étranges"?
C'est d'abord ce SMS qui nous indique, dans l'après-midi, que "ce n'est pas fini", qu'ils sont "en train de recompter". Puis ce message sur le portable: "Tu verras, finalement, Soulage sera devant". On s'interroge: Soulage devant, avec 546 voix, alors que la liste "dissidente" de Jacques Chiron en a obtenu 52 de plus? On continue d'écouter le message sur le répondeur: "Soulage et les proches de Destot contestent les résultats. C'est vrai qu'il paraît qu'il s'est passé des choses étranges".
On rappelle. Notre interlocuteur décroche et nous dit... qu'on lui a dit que la commission de recollement, qui devait entériner le scrutin, ne donnera sa réponse que lundi, "si elle y arrive, parce que c'est le bordel". Il ajoute: "Soulage et l'entourage de Destot ne lâcheront rien, ils ne veulent pas de Chiron. Mais ne me cite pas, je ne t'ai rien dit". Cette phrase reviendra plusieurs fois dans la soirée.
"Personne n'a triché"
Donc, sur l'air du "je ne t'ai rien dit", voilà ce qu'on a appris. Un proche des gagnants du jeudi soir (liste Chiron): "Les mauvais perdants sont prêts à tout (..) Ce qui se passe n'est pas normal. On va finir par dégoûter les militants. Ils votent et on leur explique que ça ne va pas? Oui, ils vont finir par foutre le camp". Un autre: "A quoi ça sert que 1200 personnes se déplacent pour faire un choix si au final, on ne retient pas le vote des militants?" "Que Soulage et les seconds couteaux de Destot prennent leurs responsabilités et acceptent les résultats!", s'énerve un troisième. "Franchement, je veux bien qu'il y ait contestation pour cinq voix d'écart. Mais pas quand il y en a 52. Personne n'a triché, personne n'a forcé les militants à voter, il y a juste contestation sur des points de détails. Il faut que tout le monde revienne à la raison!"
"La règle doit être la même pour tout le monde"
Dans le camp d'en face, ce supporter de la liste Soulage, bien emmerdé que les résultats soient sortis dans la presse "parce qu'ils n'étaient pas validés", ne conteste pas que les militants aient voté, jeudi soir, "avec sincérité". Mais "quand même", "il s'est passé des trucs bizarres dans pas mal de bureaux de vote. La règle doit être la même pour tout le monde: on ne peut voter que si on est à jour de cotisation. Et jeudi, pas mal de militants ne l'étaient pas. Et ça a surtout profité à une des deux listes". Celle avec Jacques Chiron, selon lui. Donc "dès jeudi soir, c'est Soulage qui était devant".
Retour côté "amis de Chiron": "C'est n'importe quoi ! On peut quand même se faire confiance, non? Un militant depuis trente ans qui a oublié son chéquier, que tout le monde connaît dans sa section, eh bien quel mal il y a à le laisser voter? C'est comme ça, à la bonne franquette". Donc? "On va passer un week-end tranquille, on va attendre lundi, que la commission confirme notre victoire, qui est celle des militants". Le ping-pong continue: "Ce sont toujours les mêmes combines des Fabiusiens, à l'ancienne", s'agace, en écho, un socialiste de l'agglo.
"Il faut revoter"
Bon, ok, très bien, mais maintenant? "Vu le bordel, il faut qu'on revote", propose notre dernier interlocuteur, qui ne veut pas, lui non plus, donner son nom. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir plein de choses à dire. "Oui, il faudrait revoter parce que la commission de recollement ne pourra rien faire, c'est trop compliqué à régler en trois jours, les vérifications, le nord-Isère, les double-enveloppes... Mais d'ores et déjà, que ce soit au final Chiron ou Soulage, l'un ou l'autre sortira bien affaibli parce qu'il y aura soit soupçon d'irrégularités soit le sentiment que les grands n'ont pas accepté le vote des militants et sont passés en force".
Et si c'était... le PRG?
"A qui profite le crime?", demande-t-on. Ce socialiste de l'agglo estime que "cette situation, au niveau national, fragilise Destot, qui traîne déjà derrière lui ses mauvaises relations avec les écologistes. Au contraire, c'est tout bénef pour Vallini, qui est au-dessus de la guerre, premier de la liste dans tous les cas de figure (...) André, on le connaît: ça doit le fait chier qu'il y ait un autre sénateur socialiste isérois que lui". Ah ouais? "Du coup, comme c'est trop le bordel et qu'on n'aura pas le temps d'organiser un nouveau vote, eh bien c'est le national qui finira par trancher. Et Paris va faire quoi? A la fin du mois, ils vont dégager Chiron et Soulage et nous mettre un PRG à la troisième place, parce que ça les arrange aussi. On est tous en train de jouer aux cons, mais comme ça, on aura tous gagné". Le nom de Roger-Gérard Schwartzenberg n'a-t-il pas déjà été cité il y a quelques semaines? "On en est là. Les amis de Soulage et de Destot n'ont tellement pas envie de voir Chiron au Sénat qu'ils préfèrent que la situation pourrisse".
Un dernier socialiste souffle fort dans son téléphone: "Qu'est-ce que tu veux que je te dise. On est les premiers à vouloir donner des leçons, on va organiser une grande primaire pour la présidentielle, on parle de transparence mais on n'est même pas capable d'organiser un petit vote des sénatoriales en Isère sans qu'il y ait des embrouilles".
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par Stéphane Echinard le 21/05/2011 à 23:02

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