ZONE D'ACTIONS PRIORITAIRES POUR L'AIR Où l'on reparle de restriction de la circulation dans l'agglo grenobloise
"Le but, ce n'est pas d'enquiquiner les automobilistes" (Jean-Marc Uhry).
"Ne me parlez pas des 4 x 4, ce n'est pas le problème!" répète Jean-Marc Uhry, vice-président de la Métro, aux élus, aux journalistes, à tout le monde. Ben alors, c'est quoi le problème? C'est beaucoup plus globalement "la pollution aux particules", dont on cause depuis des années, surtout depuis qu'on sait, études à l'appui, qu'elle est responsable de 40 000 décès par an.
Réduire cette pollution aux particules, ça aussi, ça fait quelque temps qu'on en parle. Et c'est encore plus vrai dans l'agglomération grenobloise, parce que la situation y est critique et aussi, parce qu'elle fait partie des six agglos, en France, qui vont expérimenter dès 2012 la création de zones où l'accès des véhicules les plus polluants sera limité voire interdit. Ceci devant contribuer à une "reconquête du centre-ville", avait déclaré la ministre Nathalie Kosciusko-Morizet, qui surveille le dossier au niveau national.
"On avance sans aucun a priori"
Localement, c'est donc la Métro qui gère. Et qui devra, in fine, décider ce qui se fera, sur quoi il faudra agir. Voilà pourquoi, il y a une dizaine de jours en conseil communautaire, les élus ont voté le lancement de l'étude de faisabilité pour l'expérimentation d'une Zapa (on dit comme ça, pour Zone d'actions prioritaires pour l'air). Au terme de cette étude "qui rassemblera tous les éléments nécessaires en matière d'impact environnemental, économique mais aussi social", des décisions seront donc prises. Ce sera peut-être "la réduction de la vitesse de 90 km/h à 70 km/h sur tout ou partie des voies rapides urbaines de l'agglo". Ce sera peut-être "la restriction d'accès aux véhicules les plus polluants pour le transport de marchandise et/ou pour les véhicules particuliers". Ou alors "une réglementation spécifique pour les chantiers de la zone". Ou encore "une réglementation spécifique sur le chauffage au bois". Ou tout ça, ou une partie, ou autre chose. "On avance sans aucun a priori, même s'il semble, quand même, que les marchandises posent plus de problèmes que les véhicules particuliers (...) Le but n'est pas d'enquiquiner les automobilistes mais d'améliorer un problème de santé publique", répète encore Jean-Marc Uhry. "Oui, tous les scénarios sont possibles. On a un an, on va travailler dans la dentelle. Il faudra, aussi, ne pas négliger la pédagogie, bien expliquer nos décisions". Et expliquer, ça commence par le débat devant les élus. Par des remarques, des questions, des critiques, des inquiétudes... Sur le casting et sur le "social".
"Pourquoi vous et pas nous" dans le comité de pilotage ?
Commençons donc par le casting. On parle ici, de qui fera partie du comité de pilotage, réunissant le préfet, le SMTC, la Métro (...) et puis les maires des quinze communes "potentiellement concernées par la Zapa" soit Grenoble, La Tronche, Meylan, Saint-Martin-d'Hères, Gières, Eybens, Poisat, Echirolles, Seyssins, Seyssinet-Pariset, Sassenage, Fontaine, Saint-Martin-le-Vinoux, Saint-Egrève, Pont-de-Claix. Et donc, pas Domène. Son maire Michel Savin, lève la main: "J'ai lu la délibération et de quoi parle-t-on? De réductions, de contrôles, bref, de mesures qui touchent essentiellement les secteurs hors du périmètre choisi. Et ça me gêne beaucoup que des décisions puissent être prises à notre place. Pourquoi ces quinze communes alors que tout le monde est concerné?" Michel Savin est dans l'opposition à la Métro. Mais là-dessus, il est rejoint par le maire de Murianette (et membre de la majorité) Gilles Moulin.
Pour la Grenobloise Eléonore Perrier (majorité), il faut également "veiller à la mobilité de tous (...) Et ce débat pose la question des conditions sociales, concerne ceux qui n'auront pas les moyens de changer de voiture. Attention, donc, à ne pas renforcer les inégalités qui existent déjà, d'autant qu'entre les lignes, on lit la question du péage urbain". Savin + Moulin + Perrier = le maire (communiste) d'Echirolles Renzo Sulli très agacé: "C'est nous qui mourons, c'est nous qui sommes pollués, c'est nous qui avons le bruit (...) Je ne suis pas favorable à ce que l'on élargisse le comité de pilotage". Et sur la question sociale, "n'inversons pas le problème. Les populations les plus modestes, elles habitent à Grenoble, à Echirolles, à Poisat, à Saint-Martin-d'Hères... Je respecte ceux qui habitent loin, mais bon"...
Réponse à Sulli signée Matthieu Chamussy (opposition): "Je suis embêté. Oui, il faut trouver des solutions. Mais je suis gêné par le déséquilibre de cette délibération, avec l'absence de mesures compensatoires, les conséquences sociales... Car il ne faudrait pas que ce dispositif pénalise les classes moyennes qui, elles, quittent les centres-villes. Ce sont déjà souvent elles qui paient la facture".
Et Marc Baïetto reparle... de la rocade Nord
Revenons au comité de pilotage. "Et pourquoi ne pas l'ouvrir aux 533 communes du département?", ironise de son côté le président de la Métro Marc Baïetto. "Non, ça tombe sous le sens, ceux qui auront à vivre le dispositif au quotidien, ce sont les habitants de la zone concernée". Comprendre: c'est quinze communes et basta. "D'ailleurs, les autres communes ne sont pas exclues puisque la Métro fera partie du comité".
Et sinon? "J'entends des remarques, certaines sont légitimes. Mais quand on parle de restrictions, de contraintes, je rappelle qu'on a eu un projet qui permettait de réduire la circulation de manière forte tout en laissant la liberté de circuler. Ce projet, c'était la rocade Nord". Grimace de l'écologiste/Alternatifs Gilles Kuntz. Baïetto poursuit: "Alors, que nous reste-t-il aujourd'hui? Un système coercitif. J'entends également qu'il n'y aurait pas assez de compensations. Il me semble pourtant que la politique du SMTC est plutôt pas mal, non? Et puis bon: est-ce qu'on va continuer à laisser 40% des espaces disponibles de nos villes pour y garer nos chères voitures? La mobilité est le premier des droits, pour éviter les ghettos. Mais la mobilité, demain, ce ne sera plus la voiture personnelle qu'on laisse en bas de chez soi, ce seront les outils collectifs, partagés. Alors ne sortons pas à chaque fois, comme mauvaise excuse, l'usage professionnel de la voiture, parce que 25% du parc automobile qui roule au plus fort de la journée, ça veut dire 75% qui dort". Donc "je souhaite que l'on avance, que l'on prenne le temps". "On a un an pour être prêt", conclut Jean-Marc Uhry. "Bon courage", souffle un élu de sa majorité.
Infos article
- Réagissez
- 1 photo
Notez l'article
par St.E. le 08/05/2011 à 18:37

Vos commentaires
Poster un commentaire