"The Master" (7,7 / 10)

De Paul Thomas Anderson, avec Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman et Amy Adams (drame) Sortie le 9 janvier 2013

1945. Freddie Quell, marin de l’US Navy, revient du Pacifique marqué au plus profond par un traumatisme qui est aussi celui de toute une génération et de tout un pays. Et ce n’est pas pour rien que Paul Thomas Anderson choisit de faire émerger précisément de ces années incertaines de l’après-guerre la figure ambiguë, à la fois séduisante et manipulatrice, de “The Master”, un type qui se présente comme naviguant entre science et mystique et qui, par le magnétisme de sa personnalité et l’obscurité attirante de ses théories, a convaincu déjà tout un groupe de gens du bien-fondé de sa philosophie et les a enrôlés autour de lui dans une sorte de communauté d’esprit qui a pris pour nom, révélateur, celui de “La Cause”. Sa faisant fort de réconcilier les êtres avec eux-mêmes en allant fouiller au plus loin du passé millénaire pour en extirper les causes de leur malaise, il pressent dans Freddie, être torturé et en proie à des pulsions irrépressibles, un adepte potentiel, qui ne demande de son côté qu’à trouver auprès de cette figure stabilisatrice la réponse apaisante à ses troubles et à ses angoisses.
Etrange attelage dont Paul Thomas Anderson, fidèle à sa manière, tisse les liens au fil d’un récit ample, dense de multiples strates, où se mêlent la manipulation mentale et la dérive sectaire, l’amitié non dépourvue d’attirance homosexuelle et l’affrontement frontal, le désordre intime et la soif de spiritualité. Et étrange film, qui va chercher loin dans les replis de l’intériorité humaine, porté par deux acteurs qui donnent chair à deux personnages aussi inquiétants l’un que l’autre : le charisme rond et apparemment bonhomme de Philip Seymour Hoffman, dans une de ces compositions qu’il affectionne, où la violence constamment sous-jacente affleure sous le sourire engageant ; et le physique torturé et maladif de Joaquin Phoenix, amaigri, voûté, les épaules en dedans, dans un jeu qui fait penser à celui des comédiens de l’Actor’s studio de la grande époque. Entre ces deux-là, la complémentarité va de soi : il n’y a pas de maître sans disciple à qui il transmette son enseignement. Le partage des rôles est, du coup, parfait : d’ailleurs les deux acteurs se sont partagé le prix d’interprétation à Venise. C’était bien le moins…

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par Jean Serroy le 08/01/2013 à 17:36

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