Trois mondes (5,6 / 10)

De Catherine Corsini, avec Raphaël Personnaz, Clotilde Hesme et Arta Dobroshi (drame) Sortie le 5 décembre 2012

Certes, cela peut arriver. Et cela arrivait déjà dans un autre film récent (“Voie rapide”), dont le scénario était fondé sur la même histoire : celle d’un type qui, un soir de virée, renverse un type avec sa voiture. C’est ce qui arrive à Al : c’est la nuit, la rue est déserte, et ses copains le pousse à laisser le type blessé sur le pavé et à s’enfuir.  A partir de là se met en place une mécanique du remords d’autant plus forte qu’elle est ici liée à la situation du personnage, qui doit se marier dans dix jours avec la fille de son patron et se retrouver par la même occasion à la tête de la concession automobile que celui-ci dirige. Se dénoncer, pour lui, c’est tout perdre de ce qu’il a mis si longtemps à bâtir. Or l’accident a eu un témoin : une jeune femme qui, l’ayant vu, le retrouve par un de ces hasards sur lesquels le scénario avance sans se soucier toujours d’une vraisemblance absolue. Et la situation en rajoute encore quand Al, lorsqu’il se retrouve devant cette fille qui choisit de ne pas le dénoncer, tombe amoureux d’elle…
            Cela fait beaucoup pour un seul début d’intrigue, mais Catherine Corsini sait mener les choses rondement et faire passer les aspects peu crédibles de l’action en s’attachant à la vérité de ses personnages. C’est cela qui l’intéresse, car cette vérité est en elle-même porteuse de sens. La complication née de tous ces hasards révèle en effet des vies différentes, ayant chacune leurs propres tracés, qui n’auraient eu aucune chance de se rencontrer sans cet accident où viennent se croiser leurs routes. Le monde d’Al est celui de l’entreprise, de l’ambition sociale, de l’argent, propre ou moins propre. Celui de Juliette, la fille qui a tout vu, est celui de la pensée et de la culture : elle est étudiante en médecine et son ami est prof de philo. Celui de la victime est celui des pauvres, des émigrants : il est  moldave et travaille en clandestin pour faire vivre sa jeune épouse, elle-même exploitée dans un boulot de misère.
Le choc de l’accident, c’est le choc de ces trois mondes, dont la misère de l’un va venir interpeller la conscience morale des deux autres. Tout cela est bien agencé : un peu trop même pour être totalement convaincant.

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par Jean Serroy le 04/12/2012 à 18:38

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