Cogan (6,8 / 10)

D’Andrew Dominik, avec Brad Pitt, Scoot McNairy, Ray Liotta et James Gandolfini (thriller, polar) Sortie le 5 décembre 2012

On ne peut pas s’y tromper : tout au long de la longue entreprise de nettoyage qui amène Cogan, tueur spécialisé dans les règlements de comptes délicats, à éliminer tous ceux qui mettent en péril le fonctionnement du système criminel, son action s’inscrit dans le contexte d’une Amérique en crise. Crise expressément datée par les images que diffusent en permanence la télévision : on est en pleine explosion de la crise financière, au moment où le candidat Obama s’essaie à ranimer la flamme de l’espoir et de la confiance.
            Et, de fait, c’est bien la confiance qui est au cœur de la thématique d’un film qui, utilisant le genre depuis toujours le mieux approprié pour radiographier les tumeurs d’une société, à savoir le polar, établit un parallèle malin et révélateur entre l’intrigue, classique, du film noir qu’il est, et l’analyse d’un système économique et financier en crise. Les patrons du crime, qui gèrent leurs entreprises de jeux clandestins, ont besoin pour la prospérité de leurs affaires et pour que l’argent circule librement que la confiance règne. Que des petits malins décident de braquer un de ces tripots clandestins, et ladite confiance risque de disparaître si les coupables ne sont pas rapidement identifiés et liquidés. C’est là qu’intervient Cogan, comme régulateur du système : comme on est dans un polar, il le fait en tuant ; mais c’est en douceur, car il n’entend pas donner à la violence d’autre importance qu’utilitaire. Il élimine donc tous ceux, coupables ou non, qui sont impliqués dans le braquage.
            Cela donne un film qui utilise avec brio les éléments du décor : ceux d’une Amérique des quartiers en déshérence, des maisons abandonnées, des ciels gris, de la pluie qui dilue le sang qui coule et l’évacue dans le caniveau. Et la violence va avec, d’autant plus brutale qu’elle arrive en douceur, non sans une certaine afféterie, sensible, dans les scènes d’exécution, aux gros plans et aux ralentis à la Peckinpah sur les balles qui viennent faire exploser les têtes.
            Brad Pitt excelle dans ce personnage sorti de l’ombre, sorte d’ange des ténèbres, qui non seulement exécute avec précision mais analyse aussi, et justifie, avec acuité ses actes. La tirade froide, où il replace son action dans le cadre plus général d’un capitalisme qui fonctionne à la finance et non au sentiment, donne la morale, noire et lucide, du propos : « L’Amérique, ce n’est pas une nation, c’est un business.»

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par Jean Serroy le 04/12/2012 à 18:40

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