Populaire (7,3 / 10)

De Régis Roinsard avec Romain Duris, Déborah François et Bérénice Bejo (comédie) Sortie le 28 novembre 2012

Il y a une idée toute simple qui structure le premier film de Régis Roinsard, ce néo réalisateur dont on a déjà hâte de voir ce qu’il va faire dans les années qui viennent : c’est, sur le canevas respecté au plus près de la comédie sentimentale à l’américaine, de situer cela non seulement dans un contexte qui fleure bon la France provinciale profonde mais aussi dans une époque, la fin des années 50, qui offre une modernité que le film, nourri d’ailleurs de références au cinéma de cette époque, restitue par une ligne visuelle aussi minutieuse que soignée. Elle n’est pourtant au départ pas vraiment aidée par sa situation, la jeune Rose Pamphyle, que son père veut cloîtrer dans son trou normand, en lui faisant épouser un gars du village, alors qu’elle-même rêve d’autre chose : partir pour la ville, Lisieux, avec l’idée d’y trouver sa liberté de femme et d’y réussir par elle-même. Et, comme toutes les filles de son âge, ses rêves se concentrent sur le métier de secrétaire, paré alors d’un prestige qui l’amène à quitter son père et son village pour aller offrir ses services au dénommé Louis Echard, directeur d’un cabinet d’assurance, qui recrute justement une dactylo.
            Tout sépare le beau patron et la petite villageoise un brin nunuche, ce qui est, naturellement, la condition requise pour que, au terme de l’histoire, ils tombent dans les bras l’un de l’autre. Mais l’originalité est que ce qui va les réunir passe par un de ces accessoires dont le cinéma n’avait jamais vraiment jusqu’ici exploité les potentialités dramatiques et spectaculaires : la machine à écrire. Rose, en effet, est une surdouée du clavier : sa vitesse de frappe est telle que le beau Louis l’engage non pas tant pour ses qualités de secrétaire que pour la possibilité qu’il voit, en l’entraînant lui-même, de lui faire disputer les concours régionaux, nationaux et même internationaux de vitesse dactylographique. Ce qui donne un beau suspense sportif – gagnera, gagnera pas ? – qui vient doubler le faux suspense amoureux (s’aimeront, forcément !). Ce qui donne aussi une formidable reconstitution d’époque, à travers la mode, les objets, la décoration, le design (qu’illustre bien la profilée “Populaire” de Japy, symbole de ce Stream line qui fait fureur), mais aussi le cinéma, dont l’ombre plane à la fois sur les rêves de Rose, qui n’affiche pas pour rien le portrait d’Audrey Hepburn sur le mur de sa chambre, et sur un film baigné de la lumière, des couleurs, de l’atmosphère et de la musique des mélos de Douglas Sirk, des drames d’Hitchcock et des fantaisies de Billy Wilder. C’est dire…

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par Jean Serroy le 28/11/2012 à 18:26

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