Piazza Fontana (7,2 / 10)

De Marco Tullio Giordana, avec Valerio Mastrandea, Pierfrancesco Favino et Omero Antonutti (thriller) Sortie le 28 novembre 2012

Il y a une veine du cinéma politique italien, qui a toujours su, dans le dédale labyrinthique d’une démocratie instable et compliquée, tenter de faire la lumière sur les aspects les plus obscurs de son histoire récente. Le film que Marco Tullio Giordana consacre à l’attentat qui, le 12 décembre 1969, vit une bombe exploser à la Banque Nationale d’Agriculture de Milan, faisant 17 victimes et écrivant une des pages les plus sombres des années de plomb, s’inscrit dans ce courant qu’illustrait déjà, il y a cinquante ans, le Francesco Rosi de “Salvatore Giuliano”. La complexité de l’affaire n’en est pas moins grande. Pour essayer d’y voir clair, le réalisateur, prenant comme personnage central le commissaire chargé au départ de l’enquête, reprend celle-ci en explorant tour à tour les diverses pistes susceptibles de mener aux responsables de l’action terroriste. Ce qui ressort des deux heures d’une investigation menée comme un thriller, c’est que l’incertitude qui continue de peser sur les coupables – car, à ce jour, nul n’a été reconnu comme tel, et le mystère demeure – résulte de l’imbrication extrême de forces souterraines, à la fois politiques – l’extrême-gauche anarchiste, l’extrême droite néo-fasciste – et policières – les services secrets, tant italiens qu’internationaux.
            Dans ce dédale, où chaque groupe est infiltré et où chacun manipule l’autre, le film progresse à pas comptés, démêlant minutieusement l’écheveau sans rien occulter d’un entremêlement qui le rend difficile à appréhender. Ce n’est pas le moindre mérite de la réalisation, d’ailleurs, que cette clarté d’un récit qui laisse sa part à l’obscurité. Rien, ici, du manichéisme des films à thèse, mais une plongée passionnante dans les zones sombres d’une démocratie soumise aux tentatives de déstabilisation de forces diverses, divergentes mais conjuguées dans la même volonté de l’abattre.
            De cette nébuleuse, ressortent quelques affirmations fortes, la moindre n’étant pas la fragilité de la démocratie face au terrorisme. La leçon ne vaut pas que pour l’Italie d’hier.

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par Jean Serroy le 28/11/2012 à 18:30

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