Thérèse Desqueyroux (7,2 / 10)

Avec Audrey Tautou, Giles Lellouche et Anaïs Demoustier (drame) Sortie le 21 novembre 2012

On attendait avec autant de curiosité que d’appréhension ce que Claude Miller allait faire du roman de Mauriac mauriacien entre tous qu’est “Thérèse Desqueyroux”. D’abord parce que c’est Mauriac, et qu’y toucher n’est pas facile. Ensuite parce que, pour le cinéma, le roman en question est déjà un film, remarquable, celui que Georges Franju tourna en 1962 avec Emmanuelle Riva et Philippe Noiret, et que la comparaison, forcément, s’impose. Enfin et peut-être surtout, parce que c’est, par la force des choses, ce qui restera le dernier film d’un cinéaste sachant ne pas opposer cinéma d’auteur et film populaire, et qu’on n’aurait pas aimé que le film ne fût pas à la hauteur.
Sur les trois plans, on peut être rassuré. Cette Thérèse-là est bien une femme de Mauriac, du moins avec la part d’interprétation qui est le propre de toute adaptation. A cet égard, en passant rapidement sur l’épisode où, après avoir tenté d’empoisonner son mari et avoir, lors du procès, bénéficié d’un non-lieu, l’héroïne se retrouve quasiment enfermée par sa famille et se laisse dépérir, en proie à une fièvre intérieure qui traduit l’agitation de son âme, Claude Miller, à la différence de Franju, gomme quelque peu la dimension proprement spirituelle du drame. Il insiste pour sa part plutôt sur deux autres aspects eux aussi inhérents à l’œuvre originelle : la recherche d’une liberté par une femme qui entend vivre pleinement sa vie, et le carcan social où elle se trouve prise.
Pour le traduire, le cinéaste accorde une attention particulière aux décors intérieurs, pesants, sombres, figés dans une immobilité bourgeoise, auxquels il oppose le spectacle éblouissant de la nature : une barque à voile rouge traversant un bras de mer calme, des pins qui se balancent sous le vent  Et il donne à ses personnages des arêtes bien tranchées : le Bernard Desqueyroux de Gilles Lellouche, plus viril et en force que ne l’était Philipe Noiret, plus amoureux aussi et plus attentif à sa femme, la Thérèse très “garçonne” d'Audrey Tautou (le roman de Mauriac est de 1927, cinq ans seulement après celui, portant ce titre, de Victor Margueritte).
Tout cela expose mais ne tranche pas, et laisse le spectateur construire lui-même sa vérité. Rendre claire la complexité obscure des êtres, c’est bien ce qu’a toujours cherché à faire Claude Miller. Et qu’il a réussi à faire une dernière fois.

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par Jean Serroy le 21/11/2012 à 19:07

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