Comme des frères (6,8 / 10)

De Hugo Gélin, avec François-Xavier Demaison, Nicolas Duvauchelle, Pierre Niney et Mélanie Thierry (comédie) Sortie le 21 novembre 2012

Ils sont trois dans la voiture qui les emmène vers la Corse. Trois qui, à priori, ne s’entendent pas vraiment, non seulement parce qu’ils n’ont pas le même âge – 40, 30 et 20 ans, ça fait trois générations bien différentes -, mais plus encore parce que, s’ils ont entrepris le voyage en question, ce n’est pas pour le plaisir d’être ensemble, mais pour répondre à la dernière volonté de Charlie, qui vient de mourir et que tous trois aimaient. Ils sont donc trois dans la voiture, ou plutôt quatre, la place du mort étant occupée, et en permanence, par cette présence invisible de l’être disparu.
A priori, embarquer ainsi trois personnages dans une sorte de voyage mortuaire n’a rien de particulièrement gai et n’apparaîtrait pas comme spécialement comique si, avec la belle audace d’un premier film, Hugo Gélin ne choisissait de faire de ce sujet grave l’objet d’une comédie. En quoi il n’a pas tort, toute comédie ayant toujours à voir avec son pôle inversé, le tragique. Encore faut-il apporter à cette assonance paradoxale la note juste. “Comme des frères” y réussit, par le choix d’une tonalité qui fait alterner comme tout naturellement le rire et l’émotion, l’ombre lumineuse de Charlie amenant les trois voyageurs à apprendre à se connaître, à s’apprécier, à s’aimer enfin, dans une relation d’amitié dont le cocasse naît de la disparité qui les différencie et dont la profondeur est à la mesure de l’affection qu’ils portaient à l’être cher disparu.
Et la connivence progressive qui s’établit entre les trois personnages apparaît d’autant plus forte qu’elle correspond à la connivence tout aussi évidente entre les trois acteurs qui les incarnent. Le choix de la distribution est ici essentiel, et la réussite du film repose pour beaucoup sur cette opposition, qui se révèle complémentarité, entre un François-Xavier Demaison en quadragénaire cabossé et ombrageux, un Nicolas Duvauchelle en trentenaire rugueux et finalement fragile, et un jeunot de 20 ans, auquel Pierre Niney, véritable révélation, apporte à la fois la sûreté du jeune pensionnaire de la Comédie-Française qu’il est et la grâce un peu lunaire de l’adolescence prolongée.
C’est vif, enlevé, sympathique ; ça ne s’interdit pas, certes, quelques clichés au passage ; mais ça trace sa voie avec une belle assurance. Et ça donne au final une belle équipe, dans un film qui répond à la mort par la légèreté enjouée de la vie.

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par Jean Serroy le 21/11/2012 à 19:10

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