Au-delà des collines (6,9 / 10)

Avec Cosmina Stratan, Cristina Flutur et Valeriu Andriuta (drame) Sortie le 21 novembre 2012

On n’est pas long à découvrir, lorsque Voichita vient chercher son amie Alina à la gare, quels sont les liens qui relient les deux jeunes femmes : élevées ensemble dans le même orphelinat, elles ont vu naître entre elles un amour passionné et lorsque Alina est partie travailler en Allemagne, elle n’a jamais eu qu’une seule hâte : revenir chercher Vochita en Roumanie pour l’emmener avec elle. Le problème est que celle-ci est devenu entre-temps sœur dans un couvent, et que l’amour qu’elle continue à porter à Alina s’est trouvé supplanté par celui qu’elle porte désormais à Dieu.
Sur cette situation de départ, Cristian Mungiu, expert dans l’art d’explorer les tensions et de les faire éclater, construit un drame en milieu clos – la petite communauté qui gravite autour d’un prêtre orthodoxe prêchant la bonne parole – où l’irruption de la rebelle Alina, voulant soustraire son amie à cette influence pour elle pernicieuse, vient semer le trouble et, bien vite, le chaos. Car, s’apercevant que celle qu’elle aime lui échappe, Alina, folle d’amour, tombe dans des crises d’hystérie difficiles à contenir. C’est là que le cinéaste s’applique à montrer de façon frontale une situation dont on se demande constamment, selon la logique et le regard qu’on adopte, si elle relève de la psychiatrie ou de la possession. Si le prêtre interprète très vite ce qui se passe comme un signe de la présence du Mal, qu’il faut donc exorciser selon les rites prescrits, Alina laisse entendre, dans ses moments de lucidité, qu’elle est victime, comme les sœurs naïves du couvent, d’une exploitation manipulatrice. L’enchaînement des crises mène, quoi qu’il en soit, selon une logique que le cinéaste montre de façon minutieuse mais sans jamais prendre position sur ce qu’il montre, à une situation de drame de plus en plus violente, jusqu’à une crucifixion symbolique sur laquelle, là encore, le doute reste permis.
L’intensité à la limite du soutenable, la puissance visuelle d’images traitées dans un contraste lumineux qui fait ressortir les noirs et les blancs, les thématiques croisées de l’amour fou, de la solitude, de la religion : tout confère au film une force intense, qui eût pourtant gagnée à être plus concentrée. Deux heures et demie dans un couvent, pour qui n’a pas forcément la foi cinématographique, c’est long… Mais ça fait partie du voyage.

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par Jean Serroy le 21/11/2012 à 19:03

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