société Rues de Grenoble: où sont les femmes ?

Les femmes n’auraient-elles rien fait de marquant à Grenoble et plus généralement dans le monde ? On peut se poser la question en regardant les panneaux en ville... Et d’ailleurs, tiens, comment sont baptisées nos rues ? Par qui ? Quand ? Et pourquoi ? Dossier.

Un jour peut-être, et même sûrement, Grenoble aura sa rue Michel-Destot. Partira-t-elle de la place Fioraso ?   Photomontage GreNews

Un jour peut-être, et même sûrement, Grenoble aura sa rue Michel-Destot. Partira-t-elle de la place Fioraso ? Photomontage GreNews

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Même pas honte de l’avouer: l’idée de ce dossier, on l’a eue en regardant un épisode de «Fais pas ci, fais pas ça». Y avait Valérie Bonneton qui râlait, comme souvent, mais là, c’était sur le nom des rues : des hommes, encore des hommes, toujours des hommes !

Alors, la télé à peine éteinte, on a regardé la situation sur Grenoble. Imprimantes. Stabilo bleu pour ces messieurs, le rose pour mesdames, rien quand ni l’un ni l’autre... Et le grand bleu au final. Car pour une Marie Reynoard ici, une Berthe de Boissieux là, combien de Pierre, de Paul, de Jacques... Sans compter les Charles, Hubert, les tripotées de Jean et de Henri, le maréchal Machin, le lieutenant Bidule... “Comme si, au fond, l’espace public transmettait l’idée que les femmes n’ont rien fait dans l’histoire qui mérite que leur empreinte soit laissée”, déplore Justine Perrin, de “Osez le féminisme”. Qui ose justement quelques noms: “Olympe de Gouges, Flora Tristan, Colette, Marguerite Duras, Françoise Giroud... et bien sûr, Simone de Beauvoir”. “On pourrait aussi penser à Indira Gandhi, à Maryse Bastié, à Marguerite Yourcenar...”, poursuit Jérôme Safar, premier adjoint grenoblois et à ce titre, président de la commission qui s‘occupe de ces choses-là.

“Le poids de l’histoire, le reflet de notre société”, explique Safar. Dit autrement: aucune femme n’a jamais été présidente de la République, maire de la ville, grand chef des armées, donc... “Mais l’effort doit être fait sur les futurs quartiers et on le fera”. A priori, la Presqu’île ne sera pas macho...

Voilà pour le chapitre “chromosomes”... Reste l’ADN de la ville et “en lisant les plaques, on a l’impression qu’il n’y a eu que des résistants. Oui, ville résistante, mais pas que”, nous soufflait une élue il y a quelques mois, souhaitant “que l’on soit un peu moins ringards, moins écrasés par le poids de notre histoire”. On l’a compris : l’usage, à Grenoble, veut que la personnalité soit morte, ce qui est “peut-être dommage”, glisse Safar. Soit. Mais alors, pourquoi pas une rue Bashung? Un parc Gainsbourg? On nous répond qu’il faut un rapport avec Grenoble... mais que l’on sache, Martin Luther King et Rosa Parks n’ont jamais fait un rêve ni pris le bus entre Drac et Isère. “C’est vrai, mais ils ont résisté, leur combat est universel, ils correspondent parfaitement aux valeurs de la ville”, répond Safar. Qui imaginerait bien “une rue Léonard-de-Vinci”, parce que Grenoble ville d’innovation. De là à espérer une cour Jim-Morrison, parce que Grenoble ville rebelle...

De toute façon, tout se décide dans la fameuse commission. Des courriers arrivent, des membres des familles, qui écrivent que tel grand-oncle mériterait, parce qu’il a fait ceci, parce que son engagement pour Grenoble cela... “On fait des recherches, on discute, on évite les homonymies, on réfléchit à la cohérence par rapport aux autres rues du secteur, on est en relation avec la Poste... Des élus, de chaque sensibilité, sont là et apportent aussi leurs idées”. Et la rue n’est baptisée “que lorsqu’il y a consensus”. Genre : si le PC proposait Georges Marchais, il faudrait que l’UMP dise oui. Il n’y a donc pas de rue Georges-Marchais à Grenoble. Et si les écologistes poussaient pour une rue René-Dumont? “On débattra”. Comme “il va falloir qu’on systématise les précisions sous les noms : la fonction, les grandes dates”...
Ce qui devrait faire consensus, en tout cas, c’est un jour, quelque part, quelque chose avec “Michel Destot” écrit dessus. “Oui, il aura sa plaque, ne serait-ce que pour sa longévité”, admet, amusée, l’UMP Nathalie Béranger. “Un parc majestueux, une rue qui rayonne, à l’image de l’excellent bilan de ses trois mandats”, rigole (à peine) Jérôme Safar. Béranger: “Non, il n’aura pas une avenue (...) Bon, il n’a pas tout loupé à Grenoble donc il faudrait trouver un lieu en rapport avec une de ses bonnes réalisations. Oui, oui, il a fait des choses qui ne sont pas mal. Là, rien ne me vient à l’esprit, mais...”

Cécile Poncet, la grande oubliée...

Selon l’historien grenoblois Claude Muller, auteur de « Grenoble… Des rues et des hommes », c’est “LA grande oubliée”, LA femme qui mériterait qu’on donne son nom à “une belle artère ou une belle place de Grenoble”. Un lieu en tout cas qui serait à la mesure de ce qu’elle a accompli et qui est depuis longtemps tombé dans les oubliettes de l’Histoire. Pourtant, il y en aurait des pages et des pages à écrire sur l’œuvre réalisée par Cécile Poncet. Car comme le raconte Claude Muller, cette jeune bourgeoise grenobloise proche des milieux du catholicisme social, eut l’audace (ou plutôt le courage à l’époque…) de créer en 1906 le tout premier syndicat féminin, «Le Syndicat libre» alors qu’une grève générale paralysait pratiquement toute l’activité du textile à Voiron. “Pour venir en aide aux jeunes ouvrières exploitées, elle ira jusqu’à fonder une école du textile à Voiron et une école supérieure de la ganterie à Grenoble en 1915 où, en plus de cours gratuits, les élèves en apprentissage étaient payées. En fait, elle a réussi à imposer l’école à l’atelier !” Une vraie révolution qu’elle a poursuivie en créant par la suite, toujours pour faciliter la vie des femmes, des bureaux de renseignements qui leur étaient spécialement dédiés, des sociétés de secours mutuel, des coopératives d’achat et même des caisses de chômage !”

...et Cornélie Gémond, l'improbable

Cornélie Gémond est, elle, entrée dans l’histoire de la ville de Grenoble un peu par hasard. Et surtout grâce à son père, François, un notable qui fit fortune à Paris. Et qui en échange d’une très généreuse donation à la commune obtint que le nom de sa fille bien-aimée, Cornélie donc, décédée trop tôt à l’âge de 26 ans en 1822, soit associé à une école et une rue de la ville. “Elle n’avait rien fait de spécial, n’était pas connue de son vivant, raconte Claude Muller, mais ce père anéanti voulait qu’on se souvienne de sa fille”.

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par Stéphane Echinard et Gwendoline Beziau le 14/12/2012 à 08:55

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