société Avignon explore les nuances de l'érotisme

Au magasin Virgin Mégastore, on a développé le rayon littérature et divertissement coquins. (Photo E.G.)

Au magasin Virgin Mégastore, on a développé le rayon littérature et divertissement coquins. (Photo E.G.)

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« Le premier jour on en a vendu une quarantaine. Quand on sait que le Goncourt c’est 10 par semaine, vous voyez… » Au rayon littérature de Virgin Mégastore à Cap Sud, comme dans l’ensemble des librairies généralistes d’Avignon, le phénomène “littéraire” de l’hiver c’est le réchauffant “50 nuances de Grey” par E.L James aux éditions JC Lattès. L’éditeur, au nom prédestiné, n’a pas passé sous X le succès de ce roman sadomaso à l’eau de rose avec un premier tirage à 320 000 exemplaires. « C’est le plus gros tirage de roman depuis longtemps » confirme Carole, responsable du rayon livres à Virgin. Ce roman, qui met en scène une jeune fille vierge qui se soumet aux fantasmes d’un milliardaire autoritaire serait en passe de remettre sur le devant de la scène un genre littéraire jusqu’ici confiné aux bas des étalages. 80 % des acheteuses « ne sont pas des lectrices et viennent chercher avant tout l’aspect érotique du livre » affirme Carole. Un point de vue confirmé à Cultura où “50 nuances” est le « n°1 des ventes… et de loin ! ». L’achat de ce roman, déjà qualifié avec mépris par une critique de “porno pour mamans” (“mummy porn”), se fait « de manière décomplexée et sans jugement » racontent en chœur les libraires. Le passage en caisse comme premier acte érotique revendiqué chez des lectrices au profil plutôt trentenaires.

«Les éditeurs se sont engouffrés dans la brèche et nous recevons de plus en plus de livres autour de ce thème. Comme le phénomène de Twilight qui a créé la “littérature vampire”, “50 nuances” va sans doute créer un genre et se trouver un public » prédit Carole qui note déjà le beau succès, de “Dévoile-moi” aux éditions J’ai-Lu. Sans parler de la hausse des ventes des jeux “sexys” comme le Love Trivial etc.

"Erotiser le souffrance peut-être un jeu... dans certaines limites"

Ces livres “qu’on ne lit que d’une main”, Bruno Ponsenard, psychanalyste et sexologue à Monteux, les regarde d’un œil presque blasé. « On lève le voile sur un tabou mais ce n’est pas nouveau. Simplement aujourd’hui on rend accessible quelque chose qui l’était moins ». Sans du tout se poser en censeur ou en moralisateur, ce thérapeute de la “souffrance sexuelle” met tout de même en garde : « faire un peu de mise scène SM pour pimenter sa vie de couple pourquoi pas, maintenant il y a aussi des limites à ne pas franchir, comme l’atteinte à l’intégrité physique ou morale du partenaire et l’absence de consentement absolu ».

Dans son cabinet, les adeptes du masochisme ne défilent pas plus qu’auparavant, « puisque par définition ils aiment souffrir, ils font peu la démarche de consulter ». Car lorsque la pratique SM devient systématique et obligatoire pour accéder au plaisir, alors « on tombe dans la perversion et la déviance ». Même chose pour le fétichisme ou tout autre acte répétitif exclusif pour parvenir au nirvana. « Érotiser la souffrance, ce peut être un jeu dans certaines limites : dans tous les cas, le passage à l’acte est dangereux dès lors qu’on joue avec les sentiments, plus qu’avec le corps » prévient le sexologue.

50 nuances et après ?

La trilogie vendue à 50 millions d’exemplaires

La trilogie “Fifty Shades of Grey” s’est vendue à travers le monde, dans presque une trentaine de pays. 25 millions de livres sont partis dans les foyers du Royaume-Uni. En France, un premier tirage de 350 000 exemplaires a rapidement été écoulé ; les prochains tomes, “Cinquante Nuances plus sombres” sortira le 3 janvier 2013 et le dernier, “Cinquante Nuances plus claires”, le 13 février 2013.

Un film en préparation

Hollywood ne pouvait pas rester insensible au succès d’édition de “50 nuances”. Ainsi, c’est la scénariste de la série “Terra Nova” ou encore du film “Saving Mr. Banks”, Kelly Marcel, qui doit se charger de l’adaptation du sulfureux roman. Dans les rôles titres, si de nombreux noms circulent pour incarner Anastasia Steele et Christian Grey, il semble que les dernières infos feraient état de Emma Watson (Hermione dans “Harry Potter”) et… Ryan Gosling. Le tournage est prévu pour l’année 2013.

Le conseil du libraire

“Le boucher”

C’est en 1988 qu’Alina Reyes écrit “Le Boucher” qui fera un “buzz” littéraire. La jeune écrivain a alors 32 ans et met en scène une étudiante aux beaux arts, qui perd son innocence et le reste le temps d’un été dans les bras d’un boucher “archétype même de la sexualité dans sa plus vulgaire obscénité” peut-on lire sur le site buzz-litteraire.com. C’est ce roman aussi que conseille Carole, libraire à Virgin aux lecteurs et lectrices qui auraient goûté avec plaisir le genre érotique sous la plume anglosaxone de EL James. “C’est un peu plus cru et nettement mieux écrit” explique la libraire.

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par Noëlle Réal & Sophie Moulin le 28/11/2012 à 11:31

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