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JOURNée mondiale du bégaiement Le discours d’un sénateur, ou quand Chiron parle de son bégaiement

Pour GreNews, le sénateur grenoblois Jacques Chiron a accepté d’évoquer son handicap : le bégaiement. “Parce que j’assume totalement”, dit-il.

“Les coups reçus en politique, ce n’est rien par rapport à ce que j’ai vécu quand j’étais plus jeune”. Photo Lisa Marcelja

“Les coups reçus en politique, ce n’est rien par rapport à ce que j’ai vécu quand j’étais plus jeune”. Photo Lisa Marcelja

A la terrasse d’un bar du cours Jean-Jaurès. Café pour lui, bière pour nous. Un rendez-vous, disons classique, entre un élu et un journaliste. Sauf que cette fois, pas de “off”, pas de politique non plus. Juste le témoignage de Jacques Chiron, adjoint grenoblois (PS) devenu sénateur le mois dernier. Parce que c’est la Journée mondiale du bégaiement vendredi. Parce que Chiron est bègue et qu’il l’assume. Même si parfois, de la bouche jusqu’aux yeux, l’émotion monte, un peu.

Pourquoi avoir accepté d’évoquer votre bégaiement ?

Parce que j’assume totalement. Ça n’a pas toujours été le cas, je pense d’ailleurs que le fait que je sois dans la politique n’est pas innocent. J’ai commencé comme militant, j’ai été collaborateur d’élus, donc, sans contact direct avec du public…

…et puis, en 1995, vous êtes devenu élu…

Et on ne m’a pas facilité la tâche : conseiller municipal délégué aux espaces publics, la voirie, le stationnement… Je n’avais jamais pris la parole devant du public. Là, il n’y avait pratiquement que cela.

Et ?

Ça va paraître prétentieux, mais en politique, mon bégaiement est devenu une force. J’ai toujours dû me battre, c’est ça, me battre, combattre, prouver que j’étais capable car rien ne m’a été donné. Oui, j’ai un handicap, oui, je bégaie… Du coup, je dois compenser en travaillant tous mes dossiers à fond. Je ne suis pas un de ces élus capables de parler de tous les sujets, avec beaucoup de facilités. Moi, pour garder le contrôle, je dois être sûr de moi. Donc parler de ce que je connais. Sinon…

Vous arrive-t-il de perdre totalement ce contrôle ?

Je sens parfois que ça m’échappe, dans une réunion, devant les élus. Quand je suis déstabilisé. Alors, je dois essayer de me poser un peu, respirer […] J’ai un souvenir : une réunion publique sur le stade, 150 personnes, il y a quelques années, quartier Mutualité. Pendant mon intervention, un gars, « SOS parc Paul-Mistral », en face de moi, n’arrêtait pas de faire des réflexions, de se moquer. Et ça marchait puisque je bégayais de plus en plus. Alors, je me suis arrêté de parler, je l’ai regardé, quelques secondes et je lui ai dit : “Oui, je bégaie et je vous emmerde”. Michel Destot n’en revenait pas. Mais le type s’est arrêté. Et j’ai pu poursuivre mon intervention, soulagé. Il faut toujours dire ce que tu ressens à la personne qui est en face. Assumer ce que l’on est.

La première prise de parole devant du public, des élus, vous a-t-elle rappelé la première fois à l’école, devant la classe ?

Les coups reçus en politique, je m’en fous, ce n’est rien, rien du tout, par rapport à ce que j’ai vécu quand j’étais plus jeune. Les enfants sont terribles entre eux alors imaginez il y a 50 ans. Celui qui est toujours mon meilleur ami, comme un frère, je l’ai connu à ce moment-là. Il est bègue, lui aussi. Ça nous a forcément rapprochés. Et vous savez quoi ? Aujourd’hui, il est sous-préfet ! […] Mais oui, ma jeunesse a été assez horrible. Quand j’ai commencé à draguer, quand j’ai cherché du travail… C’est avec le temps que tu apprends, en quelque sorte, à jouer de ton handicap. Afficher une certaine fragilité, ça devient même un avantage avec les femmes (il sourit). Ça change le regard posé sur toi.

Y a-t-il un moment, dans votre parcours politique, où on vous a fait comprendre que la marche était trop haute, à cause de votre handicap ?

Sincèrement, non. Après, des collègues l’ont peut-être pensé très fort, mais jamais ils ne me l’ont dit. C’est plutôt moi qui doute tout le temps…

Vous, qui donnez au contraire l’impression d’être très confiant, parfois même un peu arrogant, selon vos adversaires ?

J’ai dû, à cause de mon bégaiement, développer une espèce de complexe. Je doute toujours parce que j’ai toujours douté. Le regard des autres, mes capacités… J’ai douté avant de devenir élu, avant de prendre la présidence de la Sémitag, etc. Combien de fois me suis-je dit “Est-ce que tu en seras capable ? Est-ce que je pourrai parler devant tous ces gens ?” Après, j’ai la chance d’avoir des amis, des proches, qui m’ont dit : oui, tu peux !

Vous êtes donc arrivé au Sénat avec vos doutes…

J’ai derrière moi un parcours politique, une expérience. Mais je sais que je ne serai pas dans l’immédiat. Je vais beaucoup regarder, beaucoup écouter. Ensuite, seulement, j’aurai la confiance pour pouvoir parler. Parler avec mes mots à moi, ceux sur lesquels je ne bute pas, ceux qui viennent des tripes plus que de la tête. Si j’ai un regret, c’est peut-être celui-là : ne pas m’être jeté dans l’écriture

"Quand j'ai vu "Le discours d'un roi", j'ai pleuré"

Vendredi soir, au Pathé Chavant, l’association Parole Bégaiement de l’Isère animera un débat, au Pathé Chavant, après la projection, à 20 h, du film «Le discours d’un roi». Jacques Chiron y sera. “La première fois que j’ai vu ce film, j’ai pleuré. A travers la vie de ce futur roi, son bégaiement, j’ai revu tout ce que j’avais vécu. Vous voyez, là, rien que d’en parler, ça me fait quelque chose. Oui, je me suis revu, enfant. J’ai revu ma mère pleurer toutes les larmes de son corps quand on est allé chez un psychiatre, parce que pour elle, ça voulait dire «mon fils est malade». Voilà pourquoi je ne suis jamais retourné chez le psy. Je voulais me battre, seul. Voilà aussi pourquoi je ne suis pas trop allé voir des spécialistes. J’ai commencé à bégayer quand j’étais enfant. Probablement parce qu’à un moment, j’ai ressenti une crainte, une peur. Mais je n’en sais pas plus. Et au fond, ça n’est pas très important”...............

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par Stéphane Echinard le 19/10/2011 à 10:00

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